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INCRELEX : désormais contre-indiqué dans toute situation favorisant la survenue de tumeurs

Auteur : Isabelle COCHOIS
Date de publication : 06/03/2020
Médicaments

Le facteur de croissance à base de mécasermineINCRELEX 10 mg/mL solution injectable, est désormais contre-indiqué chez les enfants et les adolescents présentant toute affection ou antécédent augmentant le risque de néoplasie bénigne ou maligne.
Cette nouvelle contre-indication s'ajoute à la précédente, chez les enfants et les adolescents ayant une néoplasie active ou suspectée.

Cette décision intervient suite à des observations cliniques récentes faisant état d'une proportion de tumeurs, possiblement liées à l'utilisation de la mécasermine, supérieure à celle "de référence". 
Selon les données disponibles, ce risque de néoplasie serait plus élevé chez les patients traités par la mécasermine alors qu'ils n'ont pas de déficit en IGF-1 (insulin-like growth factor de type 1) ou chez ceux traités à des doses supérieures à celles recommandées, entraînant une augmentation des taux d'IGF-1 au-dessus des valeurs normales.

Dans ce contexte, le laboratoire Ipsen Pharma, en accord avec l'EMA* et l'ANSM**, émet des recommandations à l'attention des prescripteurs et des parents des enfants traités par mécasermine, dont la teneur est précisée dans l'article ci-dessous.

*Agence européenne du médicament
**Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé


Dans un point d'information en date du 5 mars 2020, l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) informe les professionnels de santé de l'extension de la contre-indication d'INCRELEX 10 mg/mL solution injectable (mécasermine) relative au risque de tumeur.
Alors qu'il était initialement contre-indiqué chez les enfants et les adolescents ayant une néoplasie active ou suspectée, INCRELEX est désormais également contre-indiqué chez les enfants et les adolescents présentant toute affection ou antécédent augmentant le risque de néoplasie bénigne ou maligne.

Pour rappel, INCRELEX est un facteur de croissance insulinomiméthique (insulin-like growth factor) de type 1 humain recombinant (rh-IGF-1) indiqué dans le traitement à long terme des retards de croissance chez l'enfant et l'adolescent âgés de 2 à 18 ans présentant un déficit primaire sévère en IGF-1 (IGFD primaire) confirmé (cf. Encadré 1).
 

Encadré 1 - Déficit primaire sévère en IGF-1 : définition
Un IGFD primaire sévère se définit comme suit :
  • score en écart type (SDS) de la taille < ou = - 3,0 et
  • taux d'IGF-1 initial inférieur au 2,5e centile pour l'âge et le sexe, etGH en suffisance,
  • exclusion des formes secondaires de déficit en IGF-1, liées par exemple à une malnutrition, un hypopituitarisme, une hypothyroïdie ou un traitement chronique par des stéroïdes anti-inflammatoires à dose pharmacologique.
L'IGFD primaire sévère inclut des patients ayant des mutations du récepteur de la GH (GHR), des altérations de la voie de transmission du signal post-GHR ou des altérations du gène de l'IGF-1 ; ils n'ont pas de déficit en hormone de croissance et aucune réponse satisfaisante au traitement par hormone de croissance exogène n'est donc à espérer. Dans certains cas, le médecin peut, si nécessaire, effectuer un test de génération de l'IGF-1 pour aider au diagnostic.

Une incidence de tumeurs plus élevée que celle "de référence"
Dans une lettre aux professionnels de santé en date du 13 février 2020, le laboratoire Ipsen Pharma indique que "le problème de sécurité actuel résulte d'observations cliniques récentes faisant état de tumeurs possiblement liées à l'utilisation de la mécasermine".

Il précise qu'après la mise sur le marché d'INCRELEX, "un nombre plus élevé de cas de tumeurs bénignes et malignes a été identifié chez des patients traités par la mécasermine par rapport à l'incidence de référence dans cette population de patients. Ces cas correspondaient à différents types de tumeurs malignes et comprenaient des tumeurs malignes rares qui n'étaient habituellement pas observées chez les enfants".

Selon les données disponibles, le risque de néoplasie serait plus élevé chez les patients traités par la mécasermine, alors qu'ils n'ont pas de déficit en IGF-1, ou chez ceux traités à des doses supérieures à celles recommandées, entraînant une augmentation des taux d'IGF-1 au-dessus des valeurs normales.

Recommandations aux professionnels de santé
Dans ce contexte, il est recommandé aux professionnels de santé :

  • de prescrire INCRELEX uniquement dans le traitement du déficit primaire sévère en IGF-1 ;
  • de ne jamais prescrire de mécasermine chez des patients présentant une néoplasie diagnostiquée ou suspectée, ou toute affection ou antécédent augmentant le risque de néoplasie bénigne ou maligne ;
  • de ne pas dépasser la dose maximale de 0,12 mg/kg deux fois par jour ;
  • en cas d'apparition d'une tumeur bégnine ou maligne :
    • d'interrompre définitivement le traitement par mécasermine,
    • de consulter un médecin spécialiste ;
  • d'informer leurs patients ou leurs représentants du risque de néoplasie et des signes qui doivent les conduire à consulter (lésion cutanée, excroissance ou tout autre symptôme inattendu).

Conseils aux parents des enfants traités par INCRELEX
De même, il est recommandé aux parents des enfants traités par INCRELEX :
  • de toujours respecter la posologie prescrite à leur enfant ;
  • de contacter leur médecin en cas d'apparition de lésion cutanée, d'excroissance ou de tout symptôme inhabituel, afin qu'il puisse leur conseiller d'aller consulter un médecin spécialiste si nécessaire ;
  • de ne pas interrompre le traitement de leur enfant sans en avoir préalablement parlé avec leur médecin ;
  • s'ils ont des questions, de demander conseil à leur médecin ou à leur pharmacien.


Pour aller plus loin
Mécasermine (Increlex) et risque de tumeur bénigne ou maligne : extension de la contre-indication - Point d'information (ANSM, 5 mars 2020)
INCRELEX 10 mg/ml, solution injectable (mécasermine) - Risque de néoplasies bénignes ou malignes - Lettre aux professionnels de santé (sur le site de l'ANSM, 5 mars 2020)

Source : ©Vidal 2019