L'actualité de la santé

Toutes les actualités de la santé en un click

Ebola : recommandations de la DGS aux professionnels de santé et alerte mondiale de l’OMS

Auteur : Jean-Philippe RIVIERE
Date de publication : 08/08/2014
Recommandations

L’épidémie de fièvres hémorragiques à virus Ebola a provoqué, à ce jour, 932 décès pour 1500 à 1700 personnes atteintes, selon l’OMS (Organisation Mondiale de la santé). Les mesures de protection mises en œuvre ont tenté de limiter sa propagation, mais elle affecte désormais 4 pays (Guinée,  Libéria, Nigéria et Sierra Leone).

Face à cette "urgence de santé publique de portée mondiale", l’OMS préconise une "réponse internationale et coordonnée" et détaille les mesures de protection et consolidation sanitaire à renforcer pour contenir l’infection. L'OMS met aussi en place un "groupe d'éthique" pour étudier les questions posées par un traitement expérimental, le ZMapp.

Du côté français, face au risque faible mais forcément existant d’importation, la DGS (Direction Générale de la Santé) rappelle la conduite à tenir en cas de suspicion de contamination.


Cas suspect : retour des zones touchées + symptômes pseudogrippaux
Il n'y a jamais eu d'infection par le virus Ebola en Europe. Mais la progression actuelle de l'épidémie en Afrique de l'Ouest et la faiblesse relative des systèmes de santé et de contrôle de ces pays expose à un risque d'importation par des voyageurs, ce qui "requiert en conséquence une vigilance accrue de la part des professionnels et des établissements de santé", souligne la DGS.

Le virus Ebola incube en 2 à 21 jours. Un cas suspect est donc défini, selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), comme toute personne présentant, dans un délai de 21 jours après son retour de la zone à risque (Sierra Leone, Guinée Conakry, Libéria et Nigéria), des symptômes non spécifiques de type pseudogrippaux : apparition brutale d'une fièvre supérieure à 38° C, une faiblesse intense, des douleurs musculaires, des maux de tête et une irritation de la gorge.

Peuvent survenir ensuite, comme le résume cette page du site du ministère de la santé, des signes cliniques cutanéo-muqueux (conjonctivite, éruption cutanée maculeuse ou maculo-papuleuse, douleurs à la déglutition) et digestifs (diarrhée, vomissements), une altération progressive de l'état général, des complications neurologiques et hémorragiques, mais l'objectif est d'enclencher une prise en charge d'exception avant ces signesd'aggravation.

Toute personne revenant des 4 pays concernés doit donc être vigilante sur son état de santé et consulter en urgence en cas d'apparition d'un de ces signes. 

En présence d'un cas «suspect, mettre en place des "mesures-barrières" et appeler le SAMU
Les recommandations de la DGS pour les professionnels de santé devant un cas suspect :
- Mettre en place les mesures barrières : il faut immédiatement se protéger des contacts avec le sang, les tissus ou les liquides biologiques, potentiellement contaminants (isolement, port d'un masque chirurgical par le patient…). Heureusement, il n'y a pas de risque de contamination aérienne avec ce virus (à l'inverse des virus grippaux par exemple).
- Appeler immédiatement le SAMU-Centre 15 qui, en lien avec l'Agence régionale de santé et l'InVS, mènera une évaluation épidémiologique du cas (exclusion ou classement en cas possible).
- Si le cas est classé comme "possible", le SAMU prendra en charge le patient qui sera dirigé vers l'établissement de santé de référence désigné pour prendre en charge spécifiquement ce type de patient.

La DGS rappelle que, depuis le 31 juillet 2014, le ministère des Affaires étrangères et du Développement international recommande aux Français de suspendre, sauf raison impérative, tout projet de voyage dans les pays où des cas de fièvre hémorragique à virus Ebola sont avérés (Guinée, Sierra Leone, Libéria, Nigéria).

OMS : "Une réponse internationale coordonnée est jugée essentielle pour arrêter et inverser la propagation internationale du virus Ebola"
Dans une déclaration faite le 8 août, l'OMS appelle à la mobilisation internationale face à la "l'épidémie d'Ebola la plus importante jamais enregistrée". En effet, les pays touchés ont des systèmes de santé "fragiles, avec des déficits importants dans les ressources humaines, financières et matérielles". Ces lacunes ont probablement abouti à la contamination de professionnels de santé et à la diffusion de l'infection.

L'OMS fait plusieurs recommandations aux 4 Etats concernés, en particulier :
- mieux sécuriser le travail des professionnels de santé : les former à la prévention et sécurisation, isolement des patients, instaurer un "paiement à temps des salaires et, le cas échéant, de primes de risque";
- installer des centres de traitement et des laboratoires de diagnostic fiables le plus près possible des zones de transmission ;
- surveiller les cas "contact" (ce qui n'inclut pas les agents de santé bien protégés et le personnel de laboratoire qui n'ont pas eu une exposition non protégée) et les empêcher de voyager dans les 21 jours suivant l'exposition ;
- instaurer des dépistages systématiques dans les aéroports internationaux, les ports maritimes et les principaux postes frontaliers terrestre (questionnaire a minima + mesure de la température) ;

L'OMS préconise des mesures similaires à celles décrites par la DGS et le ministère en présence d'un cas suspect en dehors des 4 pays touchés. Elle ne préconise pas la restriction des voyages internationaux, mais les Etats doivent se préparer à évacuer et sécuriser d'éventuels ressortissants en provenance des pays touchés.

Le "ZMapp", un traitement expérimental prometteur mais indisponible.. pour le moment
Deux Américains infectés au Liberia, Kent Brantly et Nancy Writebol, ont reçu l'injection d'un médicament expérimental fabriqué par la société américaine de biotechnologie Mapp Biopharmaceutical, le ZMApp. Ce médicament expérimental est un anticorps monoclonal humanisé élaboré à partir d'un extrait du tabac. Il n'avait jusqu'à présent été testé que sur des macaques (pour en savoir plus, en anglais, cliquez sur cette page de Wikipedia et sur le site de la revue Science, qui a mis en libre accès toutes les publications sur le ZMapp).

L'état clinique des 2 Américains s'est amélioré rapidement, ce qui a suscité un espoir mondial et des demandes de fourniture de ZMapp aux pays touchés. Des demandes jugées prématurées pour l'instant, comme l'a précisé Barack Obama : "je pense que nous devons laisser la science nous guider. Et je ne pense pas que nous ayons toutes les informations pour déterminer si ce médicament est efficace".

Du côté de l'OMS, un groupe d'éthique va être mis en place pour étudier cette question : "nous devons demander à des spécialistes de l'éthique médicale de nous donner des lignes de conduite pour une politique responsable", a déclaré le Dr Marie-Paule Kieny, directeur général adjoint de l'OMS.

Cela devrait permettre à l'institution de prendre position sur plusieurs questions clefs, comme celles-ci :
- Faut-il, en s'appuyant sur ces 2 tests expérimentaux seulement, administrer en urgence ce produit aux patients touchés
, sans attendre des essais cliniques plus larges ? Lorsqu'il a avait été constaté que la trithérapie modifiait radicalement le pronostic de l'infection par le VIH/SIDA, les essais en cours versus placebo ou AZT seul avaient été interrompus et tous les patients avaient reçu le traitement. Mais il s'agissait d'essais cliniques avec des centaines de patients, et non seulement 2...
- S'il est décidé, comme aujourd'hui, de surseoir à l'utilisation de ce médicament, quels seront les indicateurs qui permettront d'envisager un élargissement de son usage (confirmation de l'amélioration clinique des 2 Américains traités, mise en place d'un groupe test plus large, comme pour la trithérapie anti-VIH, essai randomisé, etc.) ?

En savoir plus :
Recommandations concernant la prise en charge de cas suspects de maladie à virus Ebola, dgs-urgent.sante.gouv.fr, 6 août 2014
Maladie à virus Ebola : informations à destination des professionnels de santé, sante.gouv.fr, avril 2014
Fièvre hémorragique virale (FHV) à virus Ebola, InVS, avril 2014
WHO Statement on the Meeting of the International Health Regulations Emergency Committee Regarding the 2014 Ebola Outbreak in West Africa, OMS, 8 août 2014
ZMapp, Wikipedia (anglais)
Ebola Virus, études sur le ZMapp en accès libre, revue Science
WHO to convene ethical review of experimental treatment for Ebola, OMS, 6 août 2014

Origine de la photo des virions : Charting the Path of the Deadly Ebola Virus in Central Africa, PLoS Biol 3(11): e403, 2005
 

Source : ©Vidal 2019